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22 juin 2026

L'avenir sourit aux Audacieuses et aux Audacieux

En résumé

Soutenue par la MAIF, l’association Les Audacieuses & Les Audacieux a imaginé un nouvel habitat participatif permettant à des seniors LGBTI+ de sortir de l’isolement et de s’émanciper. 

Les habitants devant la façade de la Maison de la diversité.
Les habitants de la Maison de la Diversité déployant le drapeau de l'association. Depuis 2017, elle lutte contre l’isolement social des seniors sans soutien familial. Et les seniors LGBTI+ sont nombreux dans ce cas.© Bruno Ansellem / MAIF

Sylvain, jeune retraité de 65 ans, se faufile entre les militants associatifs, les simples visiteurs et les élus locaux, pour gagner son appartement. Dans son sillage il y a un photographe venu immortaliser l’inauguration de la Maison de la Diversité, ce jeudi 9 octobre 2025 à Lyon. Sur les hauteurs de la Croix-Rousse, au 65, rue de Belfort, plus de 200 personnes découvrent l’immeuble, flambant neuf sous un soleil automnal. L’événement est très suivi. Mais pour les 15 cohabitantes et cohabitants qui viennent d’emménager et qui couperont officiellement le ruban à 14 h, c’est d’abord leur maison commune, un lieu de vie qu’ils vont investir et faire vivre, ensemble. C’est un rêve éveillé, confie Sylvain, dont c'est l'anniversaire le jour même. Je n’aurais pas imaginé plus beau cadeau.  

 Nous sommes la première génération à avoir pu assumer notre identité au grand jour mais cette émancipation s’est faite au prix d’une solitude accrue. 

Michel Simon, président du fonds de dotation Partâge, créé pour financer le projet.  

Un lieu où rester soi-même

Concept pionnier en France, la Maison de la Diversité offre un lieu de vie à des seniors LGBTI+1, âgés de 55 à 77 ans et vivant pour certains avec le VIH. La résidence accueille aussi un étudiant en cours de transition et une femme célibataire « hétéro-alliée2 ». Ces profils ont en commun d’être autonomes mais souvent isolés, souligne Christophe Dercamp, coordinateur général du projet. L’idée était donc de créer un lieu solidaire, où chacun puisse rester soi-même jusqu’au bout, tout en comptant sur les autres. Portée à bout de bras depuis cinq ans par l’association Les Audacieuses & Les Audacieux, soutenue par la MAIF depuis 2024, la résidence est officiellement complète depuis fin septembre. Les derniers arrivants ont posé leurs cartons quelques jours à peine avant l'inauguration. C’est la première fois que je vois des déménagements où tout le monde sourit ! , relève Christophe Dercamp. 

Lutter contre l'isolement

L’idée d’une maison dédiée aux seniors LGBTI+ répond à une transformation silencieuse. Nous sommes la première génération à avoir pu assumer notre identité au grand jour , analyse Michel Simon, président du fonds de dotation Partâge, créé pour financer le projet. Mais cette émancipation s’est faite au prix d’une solitude accrue : la plupart d’entre nous n’ont pas d’enfants, et beaucoup sont brouillés avec leur famille. Nombre d’entre eux vieillissent sans aidant naturel. Deux tiers vivent seuls – contre 15 % des personnes hétérosexuelles de moins de 70 ans, et 55 % des plus de 80 ans. Ils ont aussi deux fois moins de relations sociales, et leur taux de suicide est deux à sept fois supérieur à la moyenne, énumère l’association3. À cela s’ajoute la blessure d’une génération marquée par le sida, qui renforce l’isolement et la vulnérabilité , renchérit Michel Simon.

 À la MAIF, on aidait déjà les jeunes LGBTI+ avec la fondation Le Refuge. Cette fois, on soutient les seniors : c’est une façon de boucler la boucle. 

David Berbain, responsable de l'entité Action Communication Territoire Engagement à la MAIF

Au-delà de l'aide financière, l'alignement des valeurs

Sensible à cette cause, la Ville de Lyon met le foncier à disposition. La société HLM Croix-Rouge Habitat endosse le rôle de bailleur social et finance les trois quarts de la construction – les futurs appartements pour l’essentiel. Les 25 % restants ont été apportés par des mécènes comme la MAIF , précise David Berbain, responsable de l'entité MAIF Action, Communication, Territoire, Engagement. Notre mutuelle a établi une convention de partenariat en 2024, renouvelée depuis, pour un montant annuel de 25 000 euros, dédiés à l’aménagement des espaces communs. Au-delà de l’aide financière, c’est l’alignement des valeurs qui a scellé cette collaboration. J’ai tout de suite vu la cohérence avec les engagements de la MAIF, détaille David Berbain. On aidait déjà les jeunes LGBTI+ avec la fondation Le Refuge ; cette fois, on soutient les seniors. C’est une façon de boucler la boucle.  

Stéphane Sauvé applaudi dans l'entrée de la maison
Stéphane Sauvé, applaudi par les résidents de la Maison de la Diversité : fondateur et délégué général de l'association Les Audacieuses & Les Audacieux, c'est lui le porteur du projet.© Bruno Amsellem / MAIF

Une maison accessible à tout le monde

Renée, 70 ans, est la première à avoir rejoint l’aventure.  Je n’ai pas d’enfants et je ne voulais pas que mes frères et sœurs s’occupent de moi.  Elle participe aux réunions de lancement, bientôt accompagnée par François, Sylvain, Roseline ou encore Thierry. D’autres n’adhéraient pas au projet et ont abandonné en cours de route, se souvient-elle. Moi, j’adorais l’idée d’individualité dans le collectif.  Chacun dispose de son propre appartement, T1 ou T2, avec cuisine et salle de bains. En même temps, au rez-de-chaussée, on imagine déjà les discussions animées dans la salle à manger commune, et les soirées Mario Kart endiablées dans le boudoir. J’aimerais investir le jardin et végétaliser la rue passante juste derrière , poursuit Renée, soucieuse de cultiver de bonnes relations avec les voisins. Beaucoup viennent nous demander comment se passe notre installation, ils sont contents qu’on vienne dans le quartier.  

François, 64 ans, n’aurait jamais imaginé une telle opportunité. Je cherchais des copropriétés du même genre depuis longtemps, dans des coopératives notamment, mais il y avait toujours un coût d’entrée de 30 000 à 40 000 euros. Une somme certes raisonnable pour accéder à la propriété, mais hors de portée pour lui. Pour que la Maison de la Diversité soit accessible à tout le monde, explique Christophe Dercamp, nous proposons aussi bien des logements sociaux que des loyers libres intermédiaires. Le plus cher revient à 800 euros par mois et le moins onéreux à 230 euros, charges comprises. Dans tous les cas, c’est en dessous de la moyenne du quartier, précise-t-il. 

Bientôt trois maisons ?

Le soutien à la Maison de la Diversité s’est imposé dans la continuité d’un engagement plus large , confirme Sylvain Cuerq, chargé de développement et des partenariats à la MAIF pour la région Auvergne-Rhône-Alpes. L’été dernier, notre mutuelle a notamment participé aux Eurogames 2025, un festival de sport inclusif qui s’est déroulé à Lyon. C’était une parenthèse enchantée pour les personnes LGBTI+. Pendant tout un week-end, elles pouvaient être elles-mêmes, en sécurité, dans un esprit de fête et de solidarité.  Mais l’événement nourrit paradoxalement un regret : Je pensais à toutes ces personnes qui allaient aussitôt retrouver l’isolement ou l’invisibilité.  D’où l’envie de s’associer à un lieu de vie pérenne et à un projet de longue haleine. 

 Il y a eu des doutes, on nous a dit que ce serait impossible, mais on a fait preuve d’audace et on l’a fait !, se réjouit Christophe Dercamp le jour de l’inauguration. Alors que les discours s’enchaînent sur une estrade montée pour l’occasion sur le terrain des boulistes à 50 mètres de la résidence, l’association Les Audacieuses & les Audacieux annonce l’ouverture prochaine d’une deuxième Maison de la Diversité à Strasbourg ! D'autres suivront peut-être, dans les trois ans, à Toulouse ou encore dans le Grand Paris. Ce qu’on a fait à Lyon, c’est une preuve que le concept fonctionne, insiste Michel Simon. Pour les seniors isolés, il y a des alternatives à l’Ehpad et à la solitude. En soutenant cette aventure humaine, nous parions à la MAIF sur un modèle social où vieillir ensemble avec toutes nos différences devient une réalité, et non plus une utopie. 

1. Lesbiennes, gays, bisexuels(les), trans, intersexes. Le signe «+» inclut les autres personnes qui ne s'identifient pas aux normes hétérosexuelles ou binaires masculin/féminin.

2. Personne hétérosexuelle solidaire des personnes LGBTI+, qui s’engage à leurs côtés pour l'égalité et le respect.

3. Sources : Insee ; Rapport sur le vieillissement des personnes LGBT et des personnes vivant avec le VIH, Michèle Delaunay, nov. 2013 ; Étude de l’OCDE « Coup d’œil sur la société 2019 » ; Étude Crips, 2019.