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18 août 2022

Bizutage : restons attentifs

En résumé

"Bien qu’interdits par la loi, les bizutages continuent. Pour qu’ils cessent enfin, nous appelons à une mobilisation de tous les acteurs de l’éducation." Présidente du Comité national contre le bizutage, Marie-France Henry met en garde les élèves qui feront leur rentrée en septembre.

Affiche du comité national contre le bizutage
© Comité national contre le bizutage

Un week-end d’intégration réussi, cela existe

Organiser une soirée étudiante ou un week-end d’intégration d’une nouvelle promotion est une initiative louable. C’est ainsi que les nouveaux pourront débuter l’année dans la bonne humeur, au cours d’activités qui leur feront découvrir les membres de leur promotion. Il faut d’ailleurs saluer le travail des associations organisatrices, dont les membres s’investissent pleinement pour la réussite de l’événement. Au point que les responsabilités dans une association étudiante ont toute leur place dans le CV d’un élève. La plupart de ces rendez-vous se déroulent très bien ! Le bizutage est aujourd’hui beaucoup moins répandu qu’il a pu l’être. Des écoles réputées ont agi pour encadrer les pratiques et juguler les débordements. Néanmoins, "le fléau persiste", comme le souligne Marie-France Henry, présidente du Comité national contre le bizutage (CNCB). Outre qu’elle mène des actions de prévention dans les établissements et auprès des parents d’élèves, cette association aide chaque année une vingtaine de victimes. Il convient donc de rester sur ses gardes !

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"Mon fils a subi toutes les brimades"

La nuit du 18 au 19 octobre 2013 est à jamais gravée dans la mémoire de madame L. Sociétaire MAIF de longue date, membre active du CNCB, cette mère de famille meurtrie a tenu à nous alerter. "Mon fils a été déshabillé, contraint de boire une grande quantité d’alcool. Ensuite, il ne se souvient de rien. Il a chuté par la fenêtre de l’appartement où il se trouvait. Il a été très gravement blessé et conserve de très graves séquelles. Neuf ans plus tard, le procès n'est pas clos. Mon fils en revanche a subi toutes les brimades. Pour avoir parlé, il a été menacé, calomnié, ostracisé. Et c’est là le second drame. Plutôt que de s’unir contre les auteurs de violence, une forme d’omerta continue de régner."

Bizutage : de quoi s’agit-il ?

Bizutage : fait pour une personne d’amener autrui, contre son gré ou non, à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants ou à consommer de l’alcool de manière excessive. Il est puni de six mois d'emprisonnement et 7 500 euros d'amende. La peine est doublée si la victime est mineure ou vulnérable (articles 225-16-1 et 225-16-2 du Code pénal).

"Il faut bien distinguer ce qui est acceptable et ce qui relève de l’abus", précise Marie-France Henry. "Dans l’armée, un soldat peut légitimement être contraint par sa hiérarchie à ramper dans la boue. C’est dur, mais cela fait partie de sa formation. Le bizutage se place dans le registre de la soumission et de l’abus d’autorité. Dans l’actualité récente, il y a eu des cas de viols, d’alcoolisation forcée ou de prise de stupéfiant par surprise. On a entendu des personnes contraintes d’ingérer des aliments avariés ou de plonger la tête dans un seau rempli d’une substance nauséabonde. Les anciens imposent leur loi aux nouveaux, c’est à la fois injustifiable et inacceptable."
 

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Des ressorts sombres

Qu’est-ce qui peut mener un jeune adulte pourtant “éduqué” à violer ou à torturer ? Au moyen d’une capsule de bière, des étudiants de Paris-Dauphine avaient gravé en lettres de sang le nom de leur association sur le dos d’un bizuté. À leur procès, en 2014, ils ont plaidé l’inconscience. "Ça a toujours été comme ça", répondait ainsi l’un des accusés. Bruno Duboscq, ancien élève d’une école d’architecture, émet l’hypothèse de la vengeance. "Le pire de ce système, c'est en seconde année que je l'ai découvert", écrit-il. "La soif de vengeance de certains des plus humiliés de notre promotion. Ils devinrent les plus actifs, les plus agressifs envers les étudiants de première année." 
"Ce qui nous choque le plus, c’est que ces exactions mettent en jeu des personnes qui ont réussi des concours difficiles, se destinent à des hautes fonctions managériales", analyse Marie-France Henry. "Les écoles devraient être vent debout. Est-ce ce type de profil que vous souhaitez proposer aux entreprises ? Où est votre éthique, quelle société voulez-vous construire ?" 

Harcèlement, bizutage : pas tout à fait la même chose

Le harcèlement se distingue du bizutage, en ce sens qu’il se répète dans la durée avec des conséquences physiques ou psychologiques parfois très graves.  

Repérer les signes du harcèlement
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Le courage de dire non

Ancien élève d’école de commerce, D. a eu le courage de résister à une tentative de bizutage. "Le premier jour, on nous a fait traverser la ville en couche-culotte. J’ai trouvé ça plutôt bon enfant. Mais le soir, j’ai subi une parodie d’interrogatoire avec des projecteurs braqués sur la figure. J’ai dit stop et je suis parti." Tout le monde n’a pas cette force de refuser. Récemment, un étudiant en médecine s’est confié à madame L. : "150 personnes scandaient mon nom, m’encourageaient. J’ai fini par boire la bouteille d’alcool en entier…" Les témoins laissent faire. Parfois même, ils filment la scène et la postent sur les réseaux sociaux. "Au sens de la loi, ils sont complices", prévient Marie-France Henry. 

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© Comité national contre le bizutage

Que faire ?

"Pour que le bizutage cesse, il faut que la communauté éducative s’insurge en bloc", atteste Marie-France Henry. "Notre volonté première, quand un cas nous est rapporté, est d’agir en sorte qu’il soit le dernier. Nous alertons la direction de l’établissement, nous lui signalons les faits sans trahir l’anonymat du ou de la plaignante. Et nous l’enjoignons à convoquer et sanctionner les responsables. Si cela ne suffit pas, nous menaçons d’alerter la presse. Mais pour aller en justice ou obtenir un conseil de discipline, il faut donner des noms. Trop souvent malheureusement, la victime passe l’éponge, de peur d’affronter les conséquences de sa dénonciation."

Les solutions du Comité national contre le bizutage

En priorité, le CNCB souhaite la création dans tous les établissements d’enseignement supérieur d’une cellule d’écoute des élèves en souffrance et d’un comité d’éthique et de déontologie.
En attendant, voici quelques conseils pour limiter au maximum le risque de bizutage. 

  • Se méfier des intitulés trompeurs du type "week-end d’intégration", car c’est souvent dans ce cadre que les bizutages se déroulent. Y aller dans la joie, mais dans la détermination à se faire respecter. 
  • Prendre tous les renseignements relatifs à l’événement auquel vous êtes convié : horaire, lieu, durée, modalités de transport aller et retour… Éventuellement, passez un accord avec un collègue sympathique pour vous soutenir mutuellement en cas de dérive.
  • Vérifier que les organisateurs ont cosigné avec l’école la charte relative à l’organisation d’événements festifs. 
  • Garder votre téléphone avec vous pour appeler à l’aide le cas échéant. Il arrive encore que les organisateurs interdisent le téléphone en soirée (par peur d’être filmés ?). Passez outre cette interdiction ou refusez de participer à la soirée.
  • Ne jamais laisser seule une personne ayant manifestement beaucoup trop bu d’alcool, prévenir les secours en cas de coma éthylique. Aussi évident soit-il, ce conseil n’est pas toujours appliqué. Résultat : des bizuts meurent par chute, noyade ou accident de la circulation.
  • Si vous êtes témoin d’exactions, interposez-vous. Ne laissez pas l’affaire sous silence. Alertez la direction de l’établissement, qui est tenue de saisir le procureur. Si nécessaire, contactez le CNCB, qui vous soutiendra dans vos démarches. Ayez le courage de témoigner, chacun doit prendre ses responsabilités (école, témoins, victimes, enseignants, justice...). Ne pas dénoncer, c’est être complice. 
     

"Une énigme sociologique"

Marc Audebert est sociologue, enseignant à Paris-Dauphine. Sa thèse Bizutage : une énigme sociologique est en cours de publication aux éditions L’Harmattan.

Le CNCB compte une vingtaine de bizutages chaque année. D’après vous, c’est plus encore ?
Oui, bien sûr. Les pratiques de bizutage sont encore très répandues. Non pas des violences physiques, qui sont interdites, mais plutôt des violences psychologiques. Il y a une forme d’acceptation du phénomène. J’estime que 80 % des élèves s’y plient, 10 % en sont friands et 10 % se révoltent. 

Quels en sont les ressorts ?
On est typiquement sur des cas de chantage. "Si tu refuses l’épreuve que nous allons t’infliger, tu ne figureras pas dans l’annuaire des anciens" ou "On ne te donnera pas les annales d’examen et tu échoueras". On place le bizut en position d’incertitude informationnelle. On lui fait croire que son avenir se joue à ce moment précis. C’est du bluff pur et simple, la victime a très peu de temps pour se décider et elle finit par craquer. 

C'est un rite de passage ?
Dans une certaine mesure oui, puisqu’il y a une forme de théâtralisation de la cérémonie. Je dirais cependant que les rites de passage visent à élever l’individu. Dans le cas de bizutage, il s'agit plutôt d'abaisser et d'humilier, parfois pendant plusieurs semaines. Quand les épreuves cessent, la victime a sans doute l'impression de s'élever. En réalité, elle est juste revenue à son statut de départ.